On termine un bouquin sur la vidéo (où l’on accompagne le lecteur pour réaliser un petit film de famille ou pourquoi pas un court métrage.). Une des questions que pose l’auteur c’est “comment raconter une histoire ?” Il donne de nombreux bons conseils, mais ça reste un peu théorique à mon goût. Je suis pas un fana de la théorie. Ceci dit, je suis incapable de dire “comment” raconter une histoire. Si je devais malgré tout tenter de l’expliquer, ce serait par un exemple :
C’était un lundi matin, le bruit de mes pas et ceux de mes gardes du corps résonnaient dans les rues de la ville encore endormie. L’odeur de crasse était terrible. Il n’y avait pas le moindre souffle de vent pour la disperser. Mais je m’en rendais pas compte: je réfléchissais à tout ce qu’il me restait à faire et au temps qui passe trop vite. Je ne vis pas non plus l’oiseau qui passa juste au dessus de nous, haut dans le ciel vers le sud. Si j’y avais prêté attention, j’aurais aussi pu entendre monter du port les bruits d’un bateau de grains que l’on décharge: l’approvisionnement en nourriture ne devait jamais s’interrompre, la paix de l’Empire en dépendait. C’est ce matin du mois de mars que je suis mort, poignardé de 23 coups de couteaux. C’est mon fils, qui m’a donné le coup de grâce. J’avais 57 ans, je m’appelais César et je m’apprétais à livrer mon combat le plus dur: changer Rome.
Même si ce n’est pas l’intro la plus bouleversante qu’on ai lue, ça a plus de chance de retenir l’attention du lecteur que:
Une poignée de sénateurs romains ont assassiné Jules César de plusieurs coups de couteaux. Dans les comploteurs se trouvait son fils adoptif Brutus. César avait 57 ans et venait d’être nommé dictateur On suppose qu’il a été assassiné par une partie de l’aristocratie hostile aux réformes politiques et économiques qu’il avait entamées.
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Pour moi, c’est ça raconter une histoire: s’approprier. Prendre quelque chose de neutre (le fait, le témoignage) et le rendre étonnant ou intriguant, se glisser dans sa peau et ressentir ce qu’il a ressentit. Prendre ce fait ou cette idée et non pas le déformer mais le garnir: faire un épouvantail de brins de paille et d’un bout de tissu et, de cet épouvantail, un ogre mangeur d’enfants. Préparer une farce pour en remplir une… dinde et, de cette dinde, raconter la vie d’une pauvre fille de la campagne. Peu importe du moment que ce soit quelque chose d’épais et, dans la limite de mon talent et de mes efforts, quelque chose de bon.
Au fond, ça se résume à ça : empêcher le lecteur de reposer le livre, ou de se lever de son fauteuil ! Il y a d’autres façons de raconter des histoires, et d’autres histoires. Mais ça prend rarement avec moi. Je suis comme un enfant : j’ai besoin d’être surpris ou intrigué. J’aime ça.
