Google Print

99 livres des éditions de l’Eclat sont « feuilletables » dans Google Print (via la feuille). L’éditeur défend son choix ici.

Difficile de ne pas apprécier ses arguments. Surtout quand il parle de la publicité 🙂

Cependant, un point n’est pas abordé qui me semble intéressant, c’est la nature de Google euh… son statut. A la différence d’une bonne part des bibliothèques qui permettent déjà la consultation des livres imprimés, Google est une entreprise privée (qui propose un service à d’autres entreprises et quelques universités).

La question n’est évidemment pas de comparer une bibliothèque traditionnelle et GooglePrint, mais j’ai un peu de mal à me faire à l’idée que l’accès à l’information (même pour une simple consultation) soit entre les mains d’autre chose que le public. Evidemment, en écrivant ça je me rend compte à quel point c’est stupide : les journaux appartiennent à des groupes privés, ainsi que de nombreuses chaînes de télé, les maisons d’édition qui fabriquent les livres et les librairies qui les vendent, etc. (*).

Disons qu’on le choix de ne pas regarder la télé, ou de ne lire que des journaux bien faits, de les consulter librement dans une bibliothèque; disons qu’on a le choix de ne pas acheter le livre chez tel libraire, même de ne pas l’acheter du tout et de l’emprunter à un ami ou à la bibliothèque. Disons aussi surtout que je n’arrive pas à m’exprimer clairement et que je suis parano — tout ce qui tend à réduire ou remettre en cause la notion d’espace public (ou de bien public) me semble nuisible, particulèrement quand ça touche les aspects les plus pratiques ou fondamentaux : la télé, la téléphonie mobile, Internet, l’éducation, etc. Or je ne peux pas imaginer que le projet de Google ne soit pas un succès, tant il semble utile et bienvenu, qu’il devienne la façon privilégiée de chercher dans les livres, comme son moteur de recherche est devenu le plus populaire.

* * *

Google Print, le projet de numériser notre savoir (en gros), ça ne devrait pas être qu’un débat de marchands de tapis autour de l’objet-livre pour savoir qui en est le propriétaire, le gardien, ou qui à le droit d’en vendre et comment. Mais ça devrait être un débat sur notre culture et sa diffusion.

L’accès au savoir doit-il passer par des sociétés privées ? Personnellement, je ne pense pas que ça soit une bonne chose. Un peu comme je regrette que tous les moteurs de recherche ne soient pas placés sous GPL, ou quelque chose dans le genre. Car je m’inquiète peut-être plus de l’accès à l’information, et de sa visibilité, dans un système où l’information est du pouvoir/du capital/du-ce-que-vous-voulez-qui-fait-loi, que du choix ou de la qualité des outils pour la créer (un cerveau, même le mien) et pour la partager (une page web, un livre, un CD, un fichier MP3, une tablette de cire…).

Mais bon, c’est juste une vague idée, et de toute façon : je suis parano.

Nul n'entre ici s'il n'est... consommateur

(*): Et Internet, je veux dire les machines qui font qu’Internet existe, elles appartiennent à qui ?

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