Quand une app disparaît de l’écran d’accueil de mon iPad pour se retrouver sur le second ou le troisième écran, ou encore plus loin, c’est généralement le signal du début de la fin de notre histoire. Comme un couple qui n’aurait vécu que sur la passion et sur le plaisir de découvrir le corps de l’autre on réalise que, passé le stade de la nouveauté, on a peut-être pas tant de choses en commun que ça, qu’on a pas forcément grand choses à se dire ni envie de faire tant de choses que ça ensemble.
— On se rappelle ?
— Ouais, salut.
Bref, telle une courtisane à la cour du roi, plus une app s’éloigne du premier rang, où elle a une chance d’être aperçue par sa majesté Moi-Même, plus il y a de chances que sa disgrâce la fasse sombrer dans l’oubli. Obstinées, elles s’entassent alors sur les autres écrans de l’iPad, espérant leur retour en grâce. Ca arrive, rarement.
Plutôt que de m’embêter à tirer derrière moi ces anciennes favorites, toutes mes ex, je fais donc régulièrement un ménage par le vide. Cela fait un petit bout de temps que l’écran d’accueil n’a plus vraiment changé :

Voir quelles apps restent sur l’iPad (et voir toutes celles que j’ai supprimées) est révélateur de la façon dont j’utilise l’iPad. Et cela devrait réjouir les détracteurs de l’iPad car, pour l’essentiel il me sert à consommer du contenu.
Notez que je n’ai toujours pas compris en quoi c’était un défaut d’être une (très) bonne machine pour lire, écouter ou regarder ou encore pour s’amuser ? Je ne me souviens pas d’un tel mépris à l’égard du livre qui est pourtant une machine salement limitée à la consommation de son (unique) contenu. Bref, je consomme sur l’iPad.
Fichtre.
C’est pas faute d’avoir essayé de l’utiliser pour produire du contenu : je n’ose pas chiffrer le pognon que j’ai claqué dans les éditeurs Markdown, les apps de publication/partage ou encore les apps photo et une foultitude d’autres apps encore — je crois avoir pas mal parlé certaines d’entre elles, ici et là ces dernières années.
Ce n’est pas un reproche à l’encontre de l’iPad, au contraire : je ne l’ai jamais autant utilisé. C’est juste que je ne cherche plus à en faire une copie en miniature de mon PC, c’est-à-dire une machine à tout faire : il n’est pas encore prêt pour ça. Pas pour moi.
C’est à peine si j’écris encore dessus : je n’ai plus envie de passer du temps à tester des éditeurs de texte — au lieu d’écrire du texte — et j’en ai un peu marre de chercher des bidouilles pour faire ce que je peux déjà faire sur mon ordinateur, ou de fêter comme des nouveautés géniales (et de payer pour) des fonctions qui se trouvent déjà sur mon ordinateur. J’ai également viré les utilitaires, y compris TextExpander. J’ai même supprimé Twitter et l’email (de l’iPhone aussi, depuis des mois), auxquels je n’ai plus accès que depuis un ordinateur — faudrait que j’en parle : ça ne conviendra évidemment pas à tout le monde, mais ça change la vie.
Sur l’iPad, je lis — les news le matin au réveil, des magazines, des livres, des sites, les news en soirée — et je consulte (les dicos). Je dessine. Je joue un peu, aussi, et je regarde des films ou des séries. Et vous savez quoi ? C’est le pied. Jamais aucune machine ne m’a suivi d’aussi près, tout au long de la journée.
Cesser de vouloir utiliser l’iPad comme un PC miniature a peut-être la meilleure décision que j’ai jamais prise… En attendant que iOS murisse et que les apps prennent un peu de bouteille ? … ou que moi, je m’améliore et parvienne à mieux tirer profit l’iPad 😉

