Je ne crois pas en Dieu (quelle que soit la marque sur son carton d’emballage). Je ne suis pas plus croyant dans les délires spiritistes, fantômes, divination, horoscopes, astrologies et compagnie — en clair, je ne crois pas en un sens “supérieur” (ou inférieur, pour les adeptes du mal) du monde et de l’univers qui serait caché et qui n’attendrait que d’être révélé aux initiés ou a une poignée d’élus.
Mais (et là je vais perdre une bonne partie d’entre vous comme lecteurs et lectrices, j’en ai peur), j’écoute mes rêves et leur accorde une réelle importance. Je l’ai toujours fait.
Je les note. Je les lis et j’y réfléchis. Pas comme s’il s’agissait d’un Post-it divin sur lequel serait indiquée d’une écriture flamboyante la liste de choses à faire (bouter les Anglais, ou les Roms, hors de France; penser à acheter des briquettes pour allumer le BBQ; ne pas oublier la crème solaire écran total; etc.), ni comme un message cryptique sur le sens de la vie — faut pas déconner non plus. Ce serait plutôt comme je lis un bouquin ou comme j’écoute une musique qui sort de mes habitudes, comme une autre façon d’exprimer un sentiment ou une idée, une autre façon d’aborder une question, de traiter un problème.
Dans le cas de mes rêves, c’est une façon de réfléchir — moins autocensurée, moins flatteuse, moins timide, moins égotique, moins prévisible — à mes problèmes et aux questions qui me tiennent à coeur. Je ne réfléchis pas pareil les yeux ouverts ou fermés, je ne vois pas le monde de la même façon non plus.
Si vous me lisez encore, merci.
Donc, à 2h ce matin, je me suis réveillé après un des cauchemars les plus effrayants que j’ai faits depuis que j’ai eu… 10 ou 11 ans. Un âge où je rêvai parfois, entre deux cauchemars. Et dans ce rêve, j’ai retrouvé un des personnages qui hantait obstinément mes cauchemars d’enfance, justement. Le pire, le plus affreux, le plus méchant aussi. Celui qui ne disait jamais rien, ça n’était pas nécessaire pour me faire fuir à toutes jambes. Jamais assez loin, ni assez vite.
Bref, comme tout bon cauchemar qui se respecte, ça m’a réveillé. Et si je n’étais pas aussi terrifié qu’à dix ans, c’est parce que je n’ai plus dix ans. J’ai pris du recul, trente années de recul.
Le rêve de cette nuit ne concernait pas les problèmes de mon enfance, il s’agissait de ce qui ne va pas aujourd’hui. Mais le fait que le même personnage y soit apparu, partageant avec d’autres plus récents la même obsession à vouloir me faire du mal, ça a été une révélation : le problème est au moins aussi important qu’à l’époque, ce problème est le même qu’à l’époque, en fait : j’ai peur. Une peur panique.
Or, passé un certain seuil, la peur éteint toute intelligence et toute capacité d’agir. On n’est plus qu’un animal coincé dans un coin, sans même l’énergie du désespoir pour tenter une dernière contre-attaque face à notre prédateur. On attend de s’éteindre. C’est moche.
Je ne veux pas de ça.
Comme l’a dit le grand penseur/ninja/romancier :
I must not fear.
Fear is the mind-killer.
Fear is the little-death that brings total obliteration.
I will face my fear.
I will permit it to pass over me and through me.
And when it has gone past I will turn the inner eye to see its path.
Where the fear has gone there will be nothing.
Only I will remain.
En français :
Je ne connaîtrai pas la peur car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi.
Frank Herbert, Dune

Finalement, je suis heureux d’avoir fait ce cauchemar.

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