Ce soir, en quelques minutes à peine, j’ai pu télécharger quelques textes des auteurs pré-cités, ainsi qu’un des livres que nous éditons. Ainsi que d’autres sur des sujets aussi variés que le chocolat, le jardinage, la dentisterie ou la radiologie, etc. J’y ai même trouvé le dernier numéro de Science & Vie, qui est là devant moi, posé sur mon bureau, mais que je n’ai pas encore eu le temps de lire…
Il m’a fallut peut-être une demi-heure pour récupérer ces fichiers, gratuitement et en toute illégalité. J’en aurai eu pour plusieurs centaines d’euros si je les avais achetés (la plupart, je les ai déjà achetés en fait, mais j’étais curieux de voir si c’était des bonnes copies — oui, elles l’étaient). Pour cela, je n’ai pas eu à trouver un serveur connu d’une petite poignée d’initiés, perdu au fin du Web derrière une porte dissimulée. C’était sur un blog tout con, hébérgé par Google. Et il y en a pas mal des sites comme celui-là. De quoi lire durant une ou deux vie, sans dépenser un rond.
Je peux comprendre que l’argent soit un problème. Avant le Web, ça l’était déjà, y a pas de raison que ce soit différent aujourd’hui. Mais on se débrouillait: on allait à la bibliothèque, on empruntait le livre à un ami. On achetait d’occasion. C’est ce que je faisais quand j’étais étudiant: je passais la moitié de ma vie à la bibliothèque. L’autre moitié, je la passai en beuveries, et la troisième (oui, j’ai eu 3 moitiés), je la passai à courir après les filles dont j’étais amoureux. Enfin, après la fille que j’aimais. Les autres n’étant que pâles reflets de cette inaccessible et flamboyante muse. Bref. Où j’en étais ? Ah, oui: les copies “pirates” des livres.
Les lecteurs qui se précipitent sur ces livres “gratuits” ne scient-ils pas eux-mêmes la branche sur laquelle ils sont assis? Bien sûr, à court terme, ils sont gagnants: ils se procurent les livres gratuitement. Mais qui va payer pour les prochains livres ? Pour les livres qui ne sont pas encore publiés ? Qui ne sont pas encore écrits? Faut-il rappeler que c’est la vente des livres actuels qui finance le travail sur les titres à venir, le travail de l’auteur et celui de l’éditeur. Du moins c’est comme ça que ça marche chez nous…
On m’a souvent dit que “la culture doit être libre”. Faut-il rappeler que ce “libre” dont il est question c’est la liberté de propos, pas la gratuité. Comme dit Stallman:”Free as in free speech, not as in free beer” ?
Un livre aussi (peu) intellectuel soit-il, ça coûte des sous à fabriquer, à vendre et même à écrire (salauds d’auteurs!). Et ça coûte à peine moins cher, quand le livre est au format électronique car ni l’éditeur, ni l’auteur ne sont dématérialisés et, trois fois par jour, avec une régularité proprement insupportable ils réclament à manger. Certains osent même réclamer du temps libre, des loisirs.

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