“C’est le 20 mars, David.” C’est le calendrier qui dit ça. Ce sont tous les calendriers — celui affiché sur le radio réveil quand j’ai ouvert les yeux ce matin, celui ânonné à chaque bulletin d’information à la radio, celui encastré dans le cadran de ma montre, celui de l’iPhone chaque fois que je l’allume, celui imprimé en haut de la page de ce journal que je viens de feuilleter en espérant me changer les idées et, coup de grâce, ici même sous le titre de ce billet — tous ces putains de calendriers qui me sautent dessus pour me cracher à la figure : c’est le 20 mars, David. C’est pas trop dur ?
Ces salauds de calendriers qui ricanent en me rappelant l’interminable liste des jours à attendre ma prochaine dose. Un plus un plus un plus un plus un plus un plus un plus un plus un plus un plus un plus un. Et autant de nuits. Ces salauds de calendriers qui se marrent en me rappelant que ma dernière dose — insupportable manque qui me ronge depuis au moins une ou deux éternités — c’était hier, le 19 mars, que je l’ai prise. Une dose frelatée, une dose coupée mais une dose quand même. Une dose par FaceTime.
Ce silence où j’aimais tant vivre se révèle bien terne — couleur prison — sans les bavardages de ma nièce et de mon neveu. Je suis un junkie.

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