Les pannes continuelles de ces appareils mal conçus et la difficulté à trouver des réparateurs faisaient beaucoup pour rendre la vie urbaine passionnante. À Garden City, tout le matériel, du lave-linge à la cuisinière à énergie solaire, fonctionnait éternellement avec une perfection consternante. Dans l’éventualité, très rare, d’une panne, si minime soit-elle, le constructeur de l’appareil se présentait devant la porte de l’usager (…)
J.G. Ballard, “l’Ultime Cité”, in Nouvelles complètes, tome 3
Un texte dans lequel nous suivons le jeune Halloway, lassé de sa vie trop tranquille à Garden City — la gentille petite communauté agraire “post-industrielle” où tout est parfait — qui s’enfuit à bord d’un planeur pour explorer les vestiges d’une ville du XX siècle, de l’autre côté du fleuve. Avec l’aide plus ou moins enthousiaste d’une poignée d’autres personnages rencontrés sur place, il va tenter de redonner vie à cette coquille vide, et de réaliser son rêve d’un monde offert à la technologie toute puissante, dont les montagnes même de déchets et de détritus le font rêver à un paradis nauséabond et pollué.
Comme souvent avec ce salopard de Ballard, c’est brillant et intelligent. Et si bien foutu : on marche en compagnie d’Halloway dans les rues désertes, on tourne la tête à gauche et à droite, avec lui. Et l’on s’étonne, avec lui, de tout ce que nous voyons et entendons. C’est avec lui, encore, que nous posons nos fesses sur le siège en cuir de cette voiture abandonnée depuis un quart de siècle, et c’est en même temps que lui, aussi, que nous ouvrons les yeux pour découvrir penché sur nous le visage couvert de cicatrices de ce cher Olds, le génial mécanicien muet qui peut tout réparer.
Un texte cruel et plein d’humour à la fois.

N’empêche, un SAV aussi efficace et des appareils fonctionnant éternellement, je ne dis pas non 😉
