Je reviens de quelques jours passés chez ma soeur. C’est-à-dire, les fidèles du blog l’auront tout de suite compris, que j’ai en réalité passé pas mal de temps avec ma nièce, à faire de la photo (et à discuter). Nos discussions ne regardent qu’elle et moi, mais la photo c’est quelque chose que j’aime partager avec vous : j’apprends énormément, en l’accompagnant.
Elle a douze ans et comme photographe elle se démerde plutôt bien. Mais elle reste une jeune ado, qui n’a vraiment pas envie de s’emmerder avec des trucs compliqués ou trop techniques. Elle photographie sans penser à l’ouverture ou à la sensibilité ISO : il s’agit de cadrer, de saisir ce qui l’intéresse et d’éviter les images trop sombres ou trop claires. Une façon de démarrer en douceur et de se concentrer sur ce qui compte vraiment dans une photo, si vous me demandez mon avis.
Elle fait des photos couleur, bien entendu. J’avais déjà essayé de lui suggérer de faire du N&B, mais cela implique un peu de retouche. Passer par les outils de retouche de Aperçu (elle n’aime pas du tout iPhoto) ne lui plait pas. C’est vrai que ça ne donne pas très envie, dans le genre aride et austère :

Mais je suis têtu et je tenterai tout ce qui me passe par la tête pour lui donner l’occasion d’essayer quelque chose que je pense bon pour elle. Le dernier jour, je lui ai installé Fotor et, avant notre sortie matinale, je lui ai proposé de l’essayer. Elle a immédiatement pigé comment l’utiliser et s’est amusée à essayer les différents filtres, dont les différents N&B.
Pour finir, c’est elle-même qui m’a expliqué que certaines photos donnaient vraiment mieux en N&B…
Fotor : 1 | La retouche classique : 0
(et David trèèèès content)
Elle a même découvert une astuce que pas mal de photographes “sérieux” n’utilisent pas quand ils convertissent une image en N&B : laisser quelques % de couleur dedans. Il faut dire qu’avec Fotor, il suffit de glisser le gros curseur, difficile de ne pas le voir et de ne pas y toucher “pour voir ce que ça fait” :


Vous le savez, je ne suis pas hostile aux applications “à filtres”. Au contraire, je trouve que c’est une façon brillante de simplifier une procédure qui est parfois (vraiment très) complexe — que même certains des plus ardents défenseurs de la retouche “classique” (avec des curseurs, des courbes, des chiffres, etc.) ne maitrisent pas toujours.
Ça fait longtemps que nous essayons tous de simplifier tous les aspects de notre quotidien : pourquoi la photo devrait-elle y échapper ?
Apprécier cette simplification ne signifie pas détester l’effort ou la complexité — et la précision et le niveau de maîtrise qu’ils mettent à la portée de l’utilisateur qui fait l’effort de les dompter : Photoshop demande un gros et un long effort d’apprentissage, et même si Lightroom ou Aperture ont pas mal simplifié les choses, ils restent très exigeants dès qu’on parle de retouche. Cela les remet simplement à la place qui devrait être la leur : un choix. Pas une obligation.
Ça n’a aucun sens d’exiger de tout le monde de maitriser des outils complexes avant de pouvoir faire un joli N&B. Pas plus que ça n’a de sens de s’entraîner à faire le marathon, quand on aime juste se balader.
Ça a encore moins de sens dans le cas d’un jeune utilisateur, baigné dans une culture de la facilité et de la rapidité, qui voit autour d’elle les adultes exiger toujours plus de satisfaction immédiate. Moi le premier.
Ça n’a vraiment aucun sens d’exiger cet apprentissage fastidieux, si le but est de donner le goût du N&B (ou d’autre chose).
Par contre, lui mettre dans les mains un outil qu’elle puisse utiliser sans s’embêter et qui lui donne le goût de faire du N&B, c’est ouvrir la porte pour qu’un jour, peut-être, elle se dise qu’elle a besoin de plus de contrôle, d’un outil plus performant — sans jamais le voir comme un outil plus compliqué, car sa complexité s’effacera devant le plaisir qu’elle aura à utiliser un outil qui lui permettra de faire ce qu’elle ne pouvait pas faire.

(Photo : Laure Humfryes).

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