{"id":4894,"date":"2005-02-16T17:40:52","date_gmt":"2005-02-16T17:40:52","guid":{"rendered":"http:\/\/davidbosman.fr\/blog\/2005\/02\/16\/20050216180\/"},"modified":"2010-03-27T23:35:49","modified_gmt":"2010-03-27T22:35:49","slug":"20050216180","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/2005\/02\/16\/20050216180\/","title":{"rendered":"Droit \u00e0 l&#8217;image : rebond(s)"},"content":{"rendered":"<p>En partie suite &agrave; <a href=\"http:\/\/www.palmbavardages.net\/archives\/2005\/02\/la_photographie_1.html\">ce billet<\/a>, Karl <a href=\"http:\/\/www.la-grange.net\/2005\/02\/11.html#photo-droit\">revient sur la question du droit &agrave; l&#8217;image<\/a>. Je ne l&#8217;ai peut-&ecirc;tre pas dit assez clairement : il a totalement raison de refuser cet &eacute;tat de fait. <\/p><\/p>\n\n<blockquote><p>La soci&eacute;t&eacute; qui a r&eacute;alis&eacute; l&#8217;illumination de la tour Eiffel a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; pay&eacute;e pour cela, l&#8217;architecte du Palais des Congr&egrave;s de Montr&eacute;al ou celui de Excentris ont d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; r&eacute;mun&eacute;r&eacute; pour leur oeuvre. Interdire de prendre des photographies, c&#8217;est un acte lamentable et uniquement commercial. Cela n&#8217;a rien &agrave; voir avec le respect du travail de l&#8217;artiste.<\/p><\/blockquote>\n\n<p>J&#8217;en profite pour saisir la balle au rebond. <\/p>\n\n<p>Karl pr&eacute;cise qu&#8217;il ne s&#8217;int&eacute;resse qu&#8217;&agrave; un cas pr&eacute;cis, mais la question du droit &agrave; l&#8217;image recouvre des tas de situations diff&eacute;rentes et de fa&ccedil;on tr&egrave;s floue. C&#8217;est ce flou qui permet tous les exc&egrave;s et les d&eacute;rives mercantiles. Il n&#8217;y a qu&#8217;une loi, en France ou au Canada ;-), qui puisse tenter d&#8217;apporter un peu de lumi&egrave;re dans ce brouillard o&ugrave; se m&eacute;langent all&eacute;grement droit &agrave; l&#8217;image de soi et exploitation commerciale de l&#8217;image d&#8217;un bien, sens des affaires et souci artistique ou simple tourisme photographique. <\/p>\n\n<p>Cette confusion des genres est-elle fortuite ? N&#8217;est-elle pas r&eacute;v&eacute;latrice de notre soci&eacute;t&eacute;, de l&#8217;id&eacute;e que nous nous faisons de nous-m&ecirc;me et de l&#8217;art ?  Qu&#8217;est-ce qui n&#8217;est pas une image dans notre petit monde ? La politique est un spectacle avec sa chor&eacute;graphie, l&#8217;amour, le sexe, tout. Tout est (t&eacute;l&eacute;)visuel. L&#8217;art tout particuli&egrave;rement. Dans une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; l&#8217;image est un capital il n&#8217;est pas &eacute;tonnant que l&#8217;on veuille se la pr&eacute;server, ni que beaucoup tentent de tirer la couverture &agrave; eux. Malheureusement pour ceux qui veulent uniquement faire de la photo. <\/p>\n\n<p>Souvenons-nous des sourires m&eacute;prisants ou de l&#8217;&eacute;tonnement sarcastique qui accompagnaient les r&eacute;cits des premiers voyageurs-photographes revenant des contr&eacute;es &#171;&nbsp;sauvages&nbsp;&#187;, quand ils racontaient l&#8217;angoisse des  &#171;&nbsp;primitifs&nbsp;&#187; que la photo puisse emprisonner leur &acirc;me. <\/p>\n\n<p><em>Ahah ! Les na&iuml;fs. Nous ne sommes pas si b&ecirc;te.<\/em> Non, nous avons seulement peur de ne pas recevoir notre part de l&#8217;hypoth&eacute;tique g&acirc;teau.<\/p>\n\n<p>Il y a pourtant une diff&eacute;rence entre les &#171;&nbsp;primitifs&nbsp;&#187; et nous : il n&#8217;y a aucune spiritualit&eacute; dans notre refus, juste un r&eacute;flexe animal, carnassier. Aucune trace d&#8217;humanit&eacute; non plus : nous prot&eacute;geons avec la m&ecirc;me f&eacute;rocit&eacute; nos &#171;&nbsp;biens&nbsp;&#187;, de vulgaires objets. Exactement comme certains vont tuer pour sauver leur autoradio&#8230; Ce serait donc &ccedil;a l&#8217;&acirc;me que l&#8217;occidental du XXI<sup>&egrave;me<\/sup> si&egrave;cle tente de prot&eacute;ger du m&eacute;chant photographe ? Une touffe de poil sur le cr&acirc;ne, un menton ras&eacute; ou un peu de maquillage, un pantalon ou une jupe de marque et puis quoi ? Un chien, un chat, quatre murs et un pot de fleur, un job bien s&ucirc;r et un autoradio ? Sa propri&eacute;t&eacute; priv&eacute;e (de l&#8217;essentiel&#8230;) ?<\/p>\n\n<p>Mettre au m&ecirc;me niveau ce que l&#8217;on est (l&#8217;id&eacute;e que l&#8217;on a de soi) et les biens que nous poss&eacute;dons , c&#8217;est s&#8217;accorder bien peu de valeur. C&#8217;est se pr&eacute;parer &agrave; n&#8217;&ecirc;tre gu&egrave;re plus qu&#8217;un objet parmi les objets. Etre jetable ?<\/p>\n\n<div align=\"center\">* * *<\/div>\n\n<p>Un autre probl&egrave;me, c&#8217;est que &#171;&nbsp;la photographie&nbsp;&#187; n&#8217;a pas une aura &#171;&nbsp;artistique&nbsp;&#187; tr&egrave;s visible, tr&egrave;s populaire. Combien ne verront jamais la moindre exposition dans leur vie ? Et parmi ceux-l&agrave;, combien ne voient dans la photo que des <em> images-butin<\/em> du paparazzi voleur d&#8217;images,  ou des <em>souvenirs de vacance<\/em> ? <\/p>\n\n<p>Dans ce dernier cas ce sont <em>nos<\/em> photos il n&#8217;y a donc aucun probl&egrave;me &agrave; en faire. G&eacute;n&eacute;ralement ce sera une photo soporifique incapable de survivre hors du cercle familial et des malheureux amis qui subissent les soir&eacute;es dias\/diaporama. Dans le premier cas, c&#8217;est tout autre chose : la photo est diffus&eacute;e le plus largement possible. Elle concerne sans discrimination des personnes ou des choses qui font les choux gras de la presse &agrave; scandale et people. Le voleur d&#8217;images est un homme d&#8217;affaire et ses photos n&#8217;ont g&eacute;n&eacute;ralement ni beaut&eacute; ni qualit&eacute; : cela n&#8217;a aucun int&eacute;r&ecirc;t pour lui, elles doivent juste montrer quelque chose (gens ou objets)&nbsp;&#8212;&#038;nbsp c&#8217;est du \u00ab porno\/f&eacute;tichisme social \u00bb, ou quelque chose dans ce genre.<\/p>\n\n<p>Cette absence de qualit&eacute; donne &agrave; ces photos un air de famille avec les photos \u00ab souvenirs de vacance \u00bb et c&#8217;est justifi&eacute; car il s&#8217;agit de montrer &agrave; peu pr&egrave;s les m&ecirc;mes choses, du moins de saisir un objet dans le viseur m&ecirc;me maladroitement, m&ecirc;me partiellement (un bout de fesse, un visage flou, quelques briques d&#8217;un ch&acirc;teau ou le regard vide d&#8217;un enfant mourant&nbsp;&#8212;&nbsp;ce n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas in&eacute;dit que des photos d&#8217;amateurs soient utilis&eacute;es dans la presse : ce genre de photo ne demande qu&#8217;une qualit&eacute; : &ecirc;tre l&agrave; au bon moment. De l&agrave; &agrave; r&ecirc;ver sur des fortunes facilement gagn&eacute;es (r&eacute;elles ou non) &agrave; l&#8217;aide de quelques clich&eacute;s tout en contemplant ses propres mauvaises photos&#8230; N&#8217;importe qui arm&eacute; d&#8217;un appareil photo devient donc potentiellement le paparazzi des autres. Un voleur de butin. Ca marche m&ecirc;me pour les non-photographes : les proc&egrave;s intent&eacute;s par les \u00ab victimes \u00bb sont autant de gains qui laissent r&ecirc;veur.<\/p>\n\n<p>R&ecirc;ver, toujours.  Dans cette presse l&agrave;, le r&ecirc;ve est li&eacute; &agrave; l&#8217;argent. On r&ecirc;vera sur la richesse et on cauchemardera sur l&#8217;insupportable mis&egrave;re d&#8217;autres malheureux. Ce m&eacute;lange maladif entre r&ecirc;ve et pognon, c&#8217;est la photographie qui en t&eacute;moigne ou qui lui sert d&#8217;&eacute;prouvette. D&egrave;s lors, pour peu qu&#8217;on ne connaisse que ce genre de presse, la photographie est  compl&egrave;tement d&eacute;connect&eacute;e de la notion d&#8217;oeuvre d&#8217;art, de d&eacute;marche artistique (ce que vous voulez qui implique : recul, travail, patience, souci du d&eacute;tail et de l&#8217;ensemble, recherche d&#8217;une composition ou d &#8216;une lumi&egrave;re, m&ecirc;me violente ou choquante, etc.). Collection de clich&eacute;s  ou fa&ccedil;on plus ou moins honteuse de gagner du pognon sur le dos des &#171;&nbsp;autres&nbsp;&#187;., entre ces deux extr&ecirc;mes, dont on pensera ce qu&#8217;on veut, il y a un grand vide, sans nuance.<\/p>\n\n<div align=\"center\">* * *<\/div>\n\n<p>C&#8217;est la m&ecirc;me f&eacute;tichisation &eacute;conomique dans les lieux culturels ou dans les institutions publiques : on ne voit plus dans l&#8217;oeuvre que l&#8217;objet dans lequel elle est exprim&eacute;e, un objet que l&#8217;on peut poss&eacute;der et qui peut rapporter. Comme si telle sonate de Beethoven &eacute;tait ce CD sur laquelle elle est enregistr&eacute;e.  De l&agrave; les d&eacute;rives que nous sommes nombreux &agrave; d&eacute;plorer. La photo en tant qu&#8217;art n&#8217;&eacute;chappe pas au ph&eacute;nom&egrave;ne : la vogue des tirages vintage n&#8217;exprime que le culte de l&#8217;objet (une feuille de papier) et peu importe la beaut&eacute; du tirage.<\/p>\n\n<p>Je suis persuad&eacute; qu&#8217;&agrave; plus long terme, ce ce genre de pratiques favorise la disparition d&#8217;id&eacute;es ou de concepts aussi important que \u00ab bien commun \u00bb, \u00ab espace public \u00bb ou m&ecirc;me celui de \u00ab personne \u00bb ou \u00ab d&#8217;expression \u00bb, au profit d&#8217;autres plus mercantiles. <\/p>\n\n<p>Une loi, &agrave; mon avis, peut seule nous donner les moyens de remettre ces pratiques en question, par exemple en questionnant la l&eacute;gitimit&eacute; d&#8217;institutions publiques ou financ&eacute;es par l&#8217;argent public qui s&#8217;approprient les droit d&#8217;exploitation de l&#8217;image de biens publics, ou de remettre en question les r&egrave;glements et les d&eacute;cisions administratives qui restreignent nos droit d&#8217;usage de ces biens publics.<\/p>\n\n<p><div class=\"small\">Minute d&eacute;lire.<\/p>\n\n<p>La prochaine &eacute;tape c&#8217;est la restriction du &#171;&nbsp;droit &agrave; l&#8217;utilisation des mots&nbsp;&#187; &agrave; des fins commerciales ou non. Un langage avec des mots r&eacute;serv&eacute;s&#8230; payants. Un langage privatis&eacute;, avec un forfait mensuel par personne de mots courants et un programme (? greff&eacute; dans la gorge ?) qui compterait les occurrences de chaque mot et emp&ecirc;cherait tout d&eacute;passement de cr&eacute;dit&#8230; et pour les bavards de mon genre des fins de mois difficiles : le capital de mots, toujours trop petit, &eacute;puis&eacute; d&egrave;s la deuxi&egrave;me semaine de chaque mois&#8230; Oblig&eacute; de se taire ou de payer une prime  \ud83d\ude09<\/div><\/p>\n\n<p>Je suis vraiment <em>tr&egrave;s<\/em> bavard. Je me tais \ud83d\ude0e<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En partie suite &agrave; ce billet, Karl revient sur la question du droit &agrave; l&#8217;image. Je ne l&#8217;ai peut-&ecirc;tre pas dit assez clairement : il a totalement raison de refuser cet &eacute;tat de fait. La soci&eacute;t&eacute; qui a r&eacute;alis&eacute; l&#8217;illumination &hellip; <a href=\"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/2005\/02\/16\/20050216180\/\">Read more &rarr;<\/a><\/p>","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[4],"class_list":["post-4894","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-des-photos","tag-societe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4894","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4894"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4894\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5999,"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4894\/revisions\/5999"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4894"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4894"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4894"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}