{"id":4881,"date":"2005-01-29T23:59:11","date_gmt":"2005-01-29T23:59:11","guid":{"rendered":"http:\/\/davidbosman.fr\/blog\/2005\/01\/29\/20050129167\/"},"modified":"2010-03-27T23:35:45","modified_gmt":"2010-03-27T22:35:45","slug":"20050129167","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/2005\/01\/29\/20050129167\/","title":{"rendered":"Etonnement et d\u00e9rangement"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"\/images\/blog\/ho.jpg\" alt=\"deux statues en bois (au Louvre)\" title=\"deux statues en bois (au Louvre)\" class= \"bordure\" \/><\/p>\n\n<p>Qui n&#8217;a jamais ressenti cette g&ecirc;ne de <em>prendre<\/em> une photo : le regard emb&ecirc;t&eacute; ou &eacute;nerv&eacute; des sujets que l&#8217;on vient de photographier, ou que l&#8217;on tente de photographier. Cet arr&ecirc;t brutal de tout, en plein milieu d&#8217;un geste ou d&#8217;une phrase, et leur regard qui se fixe sur la perturbation, <em>nous<\/em>. <\/p>\n\n<p>Cela m&#8217;emp&ecirc;che assez souvent de d&eacute;clencher, voir m&ecirc;me de viser : j&#8217;ai peur de d&eacute;ranger, par respect ou &agrave; cause d&#8217;une timidit&eacute; excessive&nbsp;&#8212;&nbsp;cette derni&egrave;re &eacute;tant la cause la plus probable. <\/p>\n\n<p>Si l&#8217;on y r&eacute;fl&eacute;chit, l&#8217;ensemble du jargon li&eacute; &agrave; la prise de vue est porteur d&#8217;une agressivit&eacute; assez pesante qui peut expliquer cette g&ecirc;ne (la mienne comme celle des sujets de\/sur\/dans la photo), et qui explique une certaine m&eacute;fiance envers le photographe qui n&#8217;est souvent per&ccedil;u (et n&#8217;agit) que comme un intrus ou un &#8220;voleur d&#8217;image&#8221; : <em>shooter, tirer le portrait, saisir, mitrailler, cadrer, viser, etc<\/em>.<\/p>\n\n<p>Le geste de photographier, avec un Reflex du moins, est &eacute;galement agressif : on se cache derri&egrave;re ce canon &agrave; lumi&egrave;re, parfois tr&egrave;s imposant pour peu que l&#8217;on utilise un gros zoom ou t&eacute;l&eacute;objectif, on vise le sujet et on tire, parfois on va m&ecirc;me le <em>mitrailler<\/em>&nbsp;&#8212;&nbsp; avec ce canon <em>&agrave; l&#8217;envers<\/em> qui aspire la cible et l&#8217;enferme dans la chambre noire plut&ocirc;t qu&#8217;il ne lui balance un projectile. Le bruit du d&eacute;clenchement, enfin, ressemble &agrave; une petite d&eacute;tonation (et une rafale de prise de vues est r&eacute;ellement une <em>rafale<\/em>).<\/p>\n\n<p>Je me souviens, dans un reportage qui lui &eacute;tait consacr&eacute;, de la phrase de Cartier-Bresson qui disait, en gros, que photographier c&#8217;&eacute;tait &ecirc;tre &agrave; l&#8217;aff&ucirc;t et tirer au bon moment et mimait le geste du chasseur avec son fusil&nbsp;&#8212;&nbsp;Pan !<\/p>\n\n<p>Chaque fois que &ccedil;a m&#8217;arrive, je me dis que la photographie n&#8217;a vraiment pas grand chose &agrave; voir avec la peinture. Je n&#8217;ai jamais &eacute;prouv&eacute; cette impression lorsque je peignais (&agrave; une &eacute;poque j&#8217;ai beaucoup peint)&nbsp;&#8212;&nbsp;du moins pas &agrave; l&#8217;encontre du sujet qui posait. C&#8217;est une autre relation qui se cr&eacute;e, d&#8217;ailleurs une relation se cr&eacute;e quasi <em>n&eacute;cessairement<\/em> entre le peintre et son sujet, alors qu&#8217;elle sera assez souvent inexistante (photo de rue par exemple), sinon elle sera accidentelle ou elle sera le fruit d&#8217;une d&eacute;cision, une fa&ccedil;on de travailler, dans le cas de la photographie. <\/p>\n\n<p>Contrairement &agrave; la photographie, dans la peinture il n&#8217;y a pas de d&eacute;clenchement. Il  arrive un moment o&ugrave; la toile est termin&eacute;e, mais il n&#8217;y a pas un instant o&ugrave; l&#8217;on d&eacute;clenche (celui o&ugrave; la lumi&egrave;re est bonne o&ugrave; le sujet &agrave; l&#8217;expression qu&#8217;il faut, etc.) dans lequel on va faire tenir toute l&#8217;image. M&ecirc;me s&#8217;il est longuement pr&eacute;par&eacute; et r&eacute;p&eacute;t&eacute; (on fait rarement la bonne photo du premier coup) c&#8217;est uniquement cet instant qui fait la photo.<\/p>\n\n<p>En peinture, on ne tire pas un portrait, on fait un portrait. On construit quelque chose &agrave; partir du sujet mais aussi avec lui, dans l&#8217;espace (au moins celui de la toile) et dans la dur&eacute;e (au moins le temps pour <em>colorier<\/em> cette toile). Ce temps qui passe d&eacute;couvre le sujet, il le r&eacute;v&egrave;le sous d&#8217;autres jours, d&#8217;autres lumi&egrave;res.  On ne <em>peut pas<\/em> ne pas le voir autrement.<\/p>\n\n<p>Cette dur&eacute;e affecte aussi le sujet (je reste dans le cadre de la repr&eacute;sentation de personnes), elle rend le peintre banal, son coup de pinceau et son regard deviennent familiers et, parfois, le fait de poser devient m&ecirc;me naturel pour le sujet lui-m&ecirc;me : c&#8217;est un r&eacute;el abandon.<\/p>\n\n<p>Enfin bon. C&#8217;est ce que je me suis dit ce soir, en retrouvant un vieux croquis pr&eacute;paratoire. A ma d&eacute;charge, je signale que je ne suis pas meilleur photographe que je n&#8217;&eacute;tais bon peintre.<\/p>\n\n<p><div class=\"small\">Ces belles statues en bois (salle du moyen-&acirc;ge) sont probablement &copy; Le Louvre<\/div><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qui n&#8217;a jamais ressenti cette g&ecirc;ne de prendre une photo : le regard emb&ecirc;t&eacute; ou &eacute;nerv&eacute; des sujets que l&#8217;on vient de photographier, ou que l&#8217;on tente de photographier. 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