{"id":4842,"date":"2004-12-13T08:51:48","date_gmt":"2004-12-13T08:51:48","guid":{"rendered":"http:\/\/davidbosman.fr\/blog\/2004\/12\/13\/20041213127\/"},"modified":"2010-03-27T23:35:34","modified_gmt":"2010-03-27T22:35:34","slug":"20041213127","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.davidbosman.fr\/blog\/2004\/12\/13\/20041213127\/","title":{"rendered":"Les mains"},"content":{"rendered":"<p>Vous ne lisez jamais pardessus l&#8217;&eacute;paule d&#8217;un inconnu ? Vous savez, juste pour savoir quel livre l&#8217;int&eacute;resse, si vous l&#8217;avez d&eacute;j&agrave; lu ou si vous aimeriez engager la conversation.<\/p><\/p>\n\n<p>Moi oui.<\/p>\n\n<p>Ce soir, dans un bus bond&eacute;, coinc&eacute; tout contre un si&egrave;ge je n&#8217;ai pu m&#8217;emp&ecirc;cher de regarder ce qu&#8217;un monsieur lisait imperturbablement, un petit livre pos&eacute; sur ses genoux. C&#8217;&eacute;tait un bout de dialogue entre un homme et une femme, je crois. J&#8217;ai &eacute;t&eacute; rapidement distrait par ses mains pos&eacute;es sur le livre. <\/p>\n\n<p>Les mains disent beaucoup, j&#8217;aime les &eacute;couter. <\/p>\n\n<p>Elle sont douces ou fortes, dures &agrave; la t&acirc;che ou agiles comme une danseuse, n&eacute;glig&eacute;es ou soign&eacute;es, trapues ou maigres, mais elles sont toutes bavardes et, le soir, elles aiment raconter cette journ&eacute;e qui ressemble g&eacute;n&eacute;ralement aux pr&eacute;c&eacute;dentes. La main nerveuse d&#8217;un fumeur inv&eacute;t&eacute;r&eacute; qui n&#8217;en peut plus d&#8217;attendre, les doigts bless&eacute;s d&#8217;une couturi&egrave;re maladroite ou trop press&eacute;e, la main bariol&eacute;e du peintre, les mains puissantes et rouges du ma&ccedil;on, ou la main fragile et caboss&eacute;e de l&#8217;&eacute;crivain, &#8230; <em>Jeunes<\/em>, les mains s&#8217;offrent, comme une page blanche ou un bloc de marbre brut &agrave; l&#8217;artiste, laissant imaginer quelles vies elles pourraient raconter. <em>Vieilles<\/em>, c&#8217;est une vie, ses douleurs ou ses douceurs, qu&#8217;elles r&eacute;sument parfois avec gr&acirc;ce et, souvent, avec modestie \u0096 les mains de mon grand-p&egrave;re, mains d&#8217;ouvrier dures et ab&icirc;m&eacute;es mais belles, ses mains aimantes : tellement ouvertes et accueillantes.<\/p>\n\n<p>Les mains de ce monsieur qui lisait imperturbablement &eacute;taient d&eacute;j&agrave; &acirc;g&eacute;es mais sans rides ni usure. Elles &eacute;taient p&acirc;les mais pas d&#8217;avoir fait trop d&#8217;efforts, simplement elles n&#8217;&eacute;taient pas color&eacute;es. Elles ne semblaient pas douces et n&#8217;&eacute;taient certainement pas expertes en caresses, juste molles. Les deux paumes sans envergure &eacute;taient pos&eacute;es sur les bords du livre et semblaient incapables de retenir les doigts qui s&#8217;&eacute;coulaient sur les pages.<\/p>\n\n<p>Je ne trouve aucun qualificatif qui puisse les d&eacute;finir positivement, elles n&#8217;&eacute;taient rien de ce que peuvent &ecirc;tre des mains. Neutres, un espace anonyme, un signe d&eacute;pourvu de sens.<\/p>\n\n<p>J&#8217;aurai pu photographier facilement les mains de ce monsieur pour t&eacute;moigner de cette rencontre. Mais &ccedil;a n&#8217;aurait pas &eacute;t&eacute; aimable. Il vaut mieux que ce ne soit que mon impression, <s>peut-&ecirc;tre<\/s> probablement erron&eacute;e, que je partage.<\/p>\n\n<p>Et que lisait-il ce monsieur ? Je ne sais pas ! Un roman &agrave; l&#8217;eau de rose ?  Mais la ligne se finissait sur \u00ab &#8230;. tu ne peux esp&eacute;rer plus. \u00bb <\/p>\n\n<p>Authentique.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous ne lisez jamais pardessus l&#8217;&eacute;paule d&#8217;un inconnu ? Vous savez, juste pour savoir quel livre l&#8217;int&eacute;resse, si vous l&#8217;avez d&eacute;j&agrave; lu ou si vous aimeriez engager la conversation. Moi oui. 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